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L'article #EsclaveDesCaraibes en interview radio "ALLO la planète"

Voici l'explication de l'article #EsclaveDesCaraibes en direct sur le mouv' "ALLO la planète du 17-09-2013


#EsclaveDesCaraïbes - Allo La Planète 17-09-2013 par flomotionprod

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Esclave des Caraïbes

J'ai mis du temps à raconter cette histoire officiellement, mais pour les "un an", j'ai décidé de partager mon expérience à bord du plus gros navire de croisière au monde et l'effondrement de mon rêve américain.

Le rêve américain : 14 ans en l'an 2000, walkman sur les oreilles, The Offsprings, un skate à la main. Si les choses ne se passent pas ici, j'irai la bas, aux states.
Douze ans plus tard, je reçois une offre d'embauche de mon employeur provisoire : Paul  (emploi) : « Cameraman dans les Caraïbes, à bord du plus gros navire de croisière au Monde : Oasis of the seas, de la compagnie Royal Caribbean. »

Trois entretiens Skype et ça "Pass". Embauché en urgence, j'ai 7 jours pour faire le visa de travail et une centaine de vérifications médicales, prises de sang, radio des poumons... Je suis clean... Le lendemain de mon anniversaire, le 14 aout 2012, 26 ans, je décolle pour la première fois pour les Etats-Unis. Rêves dans les yeux, lil wayne dans les oreilles. I'm OFF.

Après 48H de transfert, j'arrive à l'île saint martin, embarque à 15h, ma première journée de travail ne durera que 12h.

La démesure : 5 fois la taille du titanic, l'Oasis of the Seas est une ville Flottante, 800 000$ de kerozen/semaine et quelques chiffres que je décris dans l'un de mes premiers témoignages sur facebook :

Un monde underground / sous le niveau de la mer. Soixante seizes nationalités sont représentées parmi les 2200 membres d'équipage. Isolés aux deux étages les plus bas du bateau, nous vivons sous le niveau de la mer, à l'abris du regard des touristes et de la lumière du jour. Une véritable micro société est établie, avec un buffet géant a volonté à toute heure, des bars, des boites, des playstations et des ordinateurs avec internet par satellite (3$/min). Il y a également tout un système de blanchisserie, des salles de sports. Tout un monde organisé pour optimiser mon temps libre, ou plutôt, mon temps de travail. Tout au long de la i95, Couloir géant qui reprend le nom d'une grande autoroute américaine, les membres du staff fourmillent, les cuistos philippins, les mécanos mexicains cotoyent les actrices Suédoises des nombreux spectacles. Certains demandent si on est parti du port ? En effet, aucune vibration ne trahit le mouvement du bateau.

La réalité américaine: Une journée commence à 8h du matin avec 5 heures de cours. Discipline, sécurité, hygiène, c'est l'armée ! Afin de mettre toutes les nationalités aux standards américains, on nous apprend à nous brosser les dents, nous laver les aisselles, ne pas violer de femmes à grands coups de pictogrammes : Sourire à un passager : Bien... Passer une main à une passagère : pas bien...! Une bonne partie du Staff n'a pas le droit d’accéder aux ponts supérieurs avec les touristes de toutes manières, mais en tant que cameraman, je suis déjà gradé « 2 stripes », j'ai même une Single cabine et un double bed !

Ensuite il faut rejoindre les salles de montage pour préparer le morning show du lendemain, une émission de 40 min qui passe en boucle sur les TV du bateau pour expliquer les activités aux touristes. Un travail de 10 personnes, à faire tout seul. Puis Tournage à 18h, capture à 21h pendant que je mange, montage jusqu'à 4h du mat. Ce qui laisse environ 4h de sommeil confortable, virtuel, puisque la présentatrice du morning show m'appellera sans cesse pour opérer des changements sur le morning show... Elle n'aime pas la police d'écriture des titres ! Je fais ça avant 8h du mat.
Le Bilan, 16h de travail quotidien (au lieu des 10 du contrat) dans des conditions de luxe et de solitude, 7j/ 7 sans aucun après-midi de libre... La durée du contrat ? 6 mois. Autant dire que j'étais le seul Français à bord.

Travailler plus pour gagner pareil : parlons $$$, mon salaire mensuel : 2000$. Soit 1600€, soit 3€/h. Le prix de la liberté. Vraiment pas de quoi se plaindre, les Chinois, eux, gagnent dans les 300€/mois pour un travail similaire. Payés par nationalité, pas de quoi s'inquiéter, Royal Caribbean est une compagnie enregistrée aux Bahamas, elle répond donc aux législations... Des bahamas. Nous sommes payé, toutes les deux semaines, au fond d'un couloir, en liasses de dollars.

Excursions : chaque croisière dure 1 semaine, Est indies ou West indies. Le bateau part de Miami (Fort Lauderdale) s'arrête à Saint thomas, Saint Martin, en jamaïque, au Mexique, aux Bahamas, à Haïti... Enfin, pas vraiment. Puisque Royal Caribbean ont acheté Labadee, une île au large d'haïti (loué sur 50ans) pour y placer des parcs d'attractions et leurs propres magasins "Little Switzerland" vendant des montres suisses en Duty Free pour quelques milliers de $.

J'ai pu sortir quelques fois du bateau pour quelques heures exotiques dans les resorts touristiques... Je ne pouvais pas en croire mes yeux, mes rétines, brulées par le soleil, après tant de jours passés dans les couloirs. J'étais dégouté. Des gens qui meurent de faim à Haïti, les Philippins qui ne voient pas le jour pendant 6 mois, et ces touristes américains obèses qui enrichissent Royal Caribbean en achetant des montres suisses... Mon rôle dans l'engrenage de cette machine infernale : filmer les pubs dans les magasins à bord... Pour vendre plus de montres...

The girl with the lion eyes : puisqu'un scénario américain n'est rien sans une belle histoire d'amour. C'est dans la cantine que je l'ai rencontrée. D'origine mauricienne et hong-kongaise, elle est la seule francophone à bord, mais elle le parle rarement. Elle rigole à mes blagues, me divertit. Les courts moments passés avec elle compensent ma détresse quotidienne. Très vite, j'utilise les temps de calcul de mon ordinateur pour justifier mes ballades au gré des couloirs proches de sa cabine . Quand je la croise, cette usine flottante se fige. Seulement voilà, elle a un mec, un mec pour 6 mois. Oui, 6 mois, c'est la durée d'un contrat, au delà, on change de bateau, d'amis, de copain. Un français typique aurait dit : « j'men fous, je suis pas jaloux » alors j'ai dit ça. Mais après quelques aventures, quelques dérapages, une nuit je frappe à sa porte et elle est là, avec lui, alors qu'elle m'avait promit qu'ils étaient séparés. Solitude. C'est une bouteille de tequila anejo qui me finira ce soir là.

Après tant d'heures à souhaiter que ce bâtiment de l'horreur coule au fond des mers, à supplier l'alarme de se mettre à sonner, à dire à mes parents sur Skype que tout se passe bien. Tous mes principes de base sont remis en cause, suis-je allé trop loin ? Que suis-je prêt à faire pour mon rêve américain ? Quel serait le prix d'un retour en arrière ? La réponse : 800€, un retour simple « Miami – n'importe où en Europe». Je l'annonce à mon Boss, un homme impressionnant. Il me répond : « est ce qu'il y a quelque chose que je puisse dire pour que tu restes parmi nous ? » « Non, ma décision est prise ». J'aurai tenu un mois. J'apprends que la raison de l'urgence de mon embauche, c'était aussi la démission des 4 derniers à mon poste.

Le samedi matin qui vient, ma cabine est rangée, mon bagage est prêt, le bateau est docké à Fort Lauderdale (Miami) pour avaler les 6600 prochains touristes à bord. J'attends avec les autres membres du staff qui finissent leur contrat pour sortir de la gueule du géant. Nous attendons sur la i95, le grand couloir. Assis sur ma valise, Aleph de Paulo Coelho dans les mains, lorsque The Girl with the lion eyes me retrouve. Elle s'assoit avec moi sur la valise, me fixe avec ses yeux noires, ne dit rien. On sait tous les deux qu'on ne se reverra jamais.

5H d'attentes plus tard, je passe à l'immigration. A oui, tout au long de mon séjour, mon passeport appartenait à Royal Caribbean, afin que je ne m'enfuis pas sur les îles américaines. Ils l'ont encore, et se le passent de gardes en gardes. Je ne suis pas libre, ils me poussent dans un bus qui va à l 'aéroport avec une dizaine d'autres réfugiés... On apprend que notre Visa de travail concerne les eaux internationales, pas le sol américain. Ils ne nous poseront pas à l'aéroport avec les autres. Quand je me rebelle, on m'explique que mon vol part ce soir, et comme je suis sans papiers, pour attendre l'avion, on m'emmène en garde à vue.

Des posters à l’effigie des plus grands vaisseaux Royal caribbean tapissent la salle avec les sloggans : « Freedom of the seas - experience the royale treatment ». Lorsque les gardes cubains nous apportent cette bouffe dégueulasse, ils nous disent en espagnol : Ca fait 15$ chacun. Mon collègue jamaïcain commence à manger et fredonne : Je n'ai plus d'argent, je suis en prison, je ne vais pas payer, lorsque la garde lui arrache la bouffe de la bouche. Je m'énerve et gueule «Come on. I can pay for him. »

Quelques heures plus tard, ils me poseront à l'aéroport devant le terminal Swiss Air, et un autre garde possédera mon passeport. Il m'accompagnera jusqu'à la salle d'attente, puis l'intérieur de l'avion, on échangera quelques mots : « Here is your passport, you're free ».

Je m'envole pour Zurich, quelque part en suisse, pas très loin, j'espère, de chez moi en Savoie, et je prends, selon moi, le plus beau cliché de mon moi touristique dans les caraïbes :

Quand j'arrive chez moi, ma mère tombe des nues, mon père, content de me voir rentrer en avance (pour une fois) me confie qu'il a vu un reportage sur Thalassa, l'esclavage sur les bateaux de croisière, tourné à bord de l'Oasis of the seas.

Mon rêve américain violé, je suis de retour en Savoie. Décallé horairement d'aucun reel rythme de vie. Je tourne la clef du vieux cabriolet américain que je retappe depuis plusieurs années, le son, bob marley « Buffalo Soldier » retentit, « Driven from the mainland, to the heart of the caribbean ». J'écrirais sur twitter :

Mes nombreuses expériences précédentes m'ont appris à prendre mes décisions seuls, mes choix de vie, parfois au détriment des autres. . J'ai toujours assumé les conséquences, bonnes au mauvaises, de mes décisions. Mais cet échec aux caraïbes est venu chambouler toute ma philosophie. Sur le chemin de ma légende personnelle, j'ai découvert que je n'étais pas insubmersible, que certaines décisions n'étaient simplement pas bonnes à prendre, et que les conséquences sur mon état d'esprit pouvaient être dramatiques. De manière plus générale, j'ai aussi appris à apprécier la France pour son respect des droits de l'homme et du travail, j'ai relativisé sur pas mal de choses qui m'avaientt fait quitter le pays auparavant, et j'ai préparé ma prochaine grande aventure : Vivre à Paris !

Depuis, je tiens une page facebook avec mes nouveaux voyages : Go-With-Flo

Je vous raconte cette histoire à la radio dans ALLO la planète ici

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